Le plus grand incendie de l’histoire de Belgique ravage les Hautes-Fagnes. L’article qu’on n’aurait jamais dû avoir besoin d’écrire.

Le 24 juillet dernier, je publiais ici un article titré « Pas de budget pour les Canadairs, vannes ouvertes pour les F-35 et Griffons ». J’y dénonçais le fait que la Belgique n’a toujours pas de Canadairs, que les pompiers manquent de moyens, et que le gouvernement Arizona dépense des milliards dans le matériel militaire.

Vingt jours plus tard, les Hautes-Fagnes brûlent. C’est le plus grand incendie de l’histoire de la Belgique.

Les faits

Le feu s’est déclaré vendredi 14 août vers 13h, à Baelen, dans une zone difficile d’accès. En moins de 48 heures, près de 3.000 hectares ont été ravagés. Le précédent record datait de 2011 avec 1.200 hectares. Nous sommes à 2,5 fois ce record. Les bourgmestres de Waimes et Jalhay l’ont qualifié de « pire incendie de l’histoire de la Belgique ».

Des évacuations ont eu lieu à Sourbrodt et Bütgenbach. La ville allemande de Montjoie (Monschau) est menacée. Un centre d’accueil a été ouvert au hall omnisports de Malmedy. La fumée se répand sur toute la région. La zone des Hautes-Fagnes est interdite au public.

Une mobilisation immense, des moyens dérisoires

Centaines de pompiers, agriculteurs avec leurs tonnes à eau, Protection Civile, agents du DNF, l’armée avec trois véhicules Panther : tout le monde est sur le pont. Des renforts sont venus de toute la Belgique et d’Allemagne. Trois hélicoptères sont mobilisés. La Belgique a activé le mécanisme d’aide européen de protection civile.

Mais des hydravions bombardiers d’eau viennent de Suède. L’aide arrive d’Allemagne et des Pays-Bas. Trois hélicoptères et zéro Canadair pour le plus grand incendie de notre histoire. Pendant ce temps, la France voisine disposait de 68 Canadairs en 2026.

La solidarité est là. Le courage est là. Les moyens, eux, manquent.

Le chaos institutionnel belge en pleine catastrophe

Comme si le manque de moyens ne suffisait pas, la Belgique ajoute à la catastrophe celle de sa gestion fragmentée.

Le ministre-président de Flandre, Mathias Diependaele, se dit « prêt » à aider… via un tweet. Honteux. Un tweet pendant que 3.000 hectares partent en fumée.

Comble de l’absurdité : Diependaele contacte le ministre-président de la Communauté germanophone, qui n’a absolument aucune compétence en la matière. C’est le gouverneur de la province de Liège qui est responsable de la coordination des pompiers. C’est la Région wallonne qui a la compétence en matière de prévention. C’est le niveau fédéral qui gère l’aide de la Protection Civile et de la Défense.

Trois niveaux de pouvoir, des compétences éparpillées, et un ministre-président flamand qui tweete à la mauvaise personne pendant que les Fagnes brûlent. Pendant ce temps, les pompiers sur le terrain, eux, n’ont pas besoin de tweets. Ils ont besoin d’avions.

Une action nationale est nécessaire, avec l’unité et la coordination de toutes les forces disponibles. #WeAreOne

Le choix budgétaire

Le 24 juillet, j’écrivais : « 28,35 milliards € injectés dans le militaire par le gouvernement Arizona. 11 nouveaux F-35 validés en juillet 2026, budget Défense passant de 10,8 à 18,2 milliards €. »

Le chiffre a même été réévalué depuis : 34 milliards d’euros sur l’ensemble de la législature pour la Défense. 45 avions F-35 pour plus de 5 milliards d’euros. 1,1 milliard par an juste pour la maintenance des F-35.

Raoul Hedebouw l’a dit crûment : « Un F-35, c’est le salaire de toute la carrière de 70 pompiers. »

C’est exactement ça. Un seul F-35 représente l’équivalent de 70 carrières complètes de pompiers. Les pompiers qui se battent cette nuit dans les Fagnes risquent leur vie sans Canadairs parce que l’argent est ailleurs.

Ce n’est pas une fatalité. C’est un choix. Et un choix, ça se combat.

Les pompiers, les agriculteurs, les bénévoles qui se mobilisent depuis vendredi prouvent une chose : la solidarité est là. Le courage est là. Ce qui manque, ce sont les moyens. Et les moyens, ça se réclame.

Dès maintenant, nous devons exiger :

1. Deux avions lourds ou hélicoptères bombardiers d’eau pour la Belgique

La Belgique n’a actuellement aucun Canadair. Un seul F-35 coûte environ 100 millions d’euros. Un Canadair en coûte 30. Le prix d’un F-35 = trois Canadairs qui seraient en train de survoler les Hautes-Fagnes en ce moment même. Il faut la capacité d’attaquer un incendie dès le premier signalement, pas d’attendre que 3.000 hectares partent en fumée.

2. Renforcer les zones d’incendie locales et la Protection Civile

Les pompiers sont épuisés, les renforts viennent de toute la Belgique et de l’étranger parce que les moyens locaux ne suffisent pas. Il faut investir dans le personnel, le matériel et la formation des zones de secours, pas attendre que le système craque pour décréter l’état d’urgence.

3. Une indemnité pour les agriculteurs qui interviennent bénévolement

Des agriculteurs sont sur le terrain depuis vendredi avec leurs tonnes à eau, au péril de leur vie et de leur matériel. Leur solidarité nous sauve. Mais la solidarité ne doit pas être gratuite pour les uns et coûteuse pour les autres. Si leur intervention est indispensable, elle doit être reconnue et indemnisée.

4. Financer ces investissements sur le budget de la Défense

Il n’est pas acceptable d’entendre « il n’y a pas d’argent » pour protéger nos forêts et nos pompiers quand 34 milliards sont débloqués pour l’armée. Les avions bombardiers d’eau, le renforcement de la Protection Civile et l’indemnisation des agriculteurs doivent être financés sur le budget de Défense. C’est la défense du territoire, au sens propre. Pas la « défense » qui achète des F-35 pour des guerres lointaines. La défense qui protège nos forêts, nos vies et nos secouristes. La protection de la population EST la défense.

Le compte est simple

34 milliards pour l’armée sur cette législature. 45 F-35 pour plus de 5 milliards. 1,1 milliard par an juste pour la maintenance des F-35. Un F-35 = le salaire de toute la carrière de 70 pompiers.

Les Hautes-Fagnes mettront des décennies à se reconstituer. Mais l’année prochaine, l’été prochain, le feu reviendra. À moins qu’on décide enfin de donner aux pompiers les moyens de l’éteindre avant qu’il ne dévore tout.

Il y a de l’argent. Il est juste mal placé. Réclamons qu’il change de camp.

🔴 Thierry Despretz, conseiller communal PTB à Ath

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