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La Protection Civile supprimée en Hainaut : et si on réparait cette erreur ?

Caserne de Bauffe sous-utilisée - illustration cartoon
La caserne de Bauffe : une infrastructure moderne, mais sous-utilisée.

Le 30 juillet 2004, une conduite de gaz explosait à Ghislenghien. 24 morts. 132 blessés. L’une des catastrophes industrielles les plus meurtrières de l’histoire belge se produisait sur le territoire de la commune d’Ath.

Vingt-deux ans plus tard, les zones de secours de Wallonie picarde (qui couvre Ath) et Hainaut-Centre (qui couvre Brugelette, où se trouve la caserne de Bauffe) sont dans une situation préoccupante. La caserne de Bauffe, sur le territoire de la commune de Brugelette, est jugée inutile faute de pompiers de garde. Des moyens insuffisants, des bourgmestres qui tirent la sonnette d’alarme. Les articles se succèdent. Les situations d’urgence aussi.

La caserne de Bauffe ne pose pas problème parce qu’elle est de trop. Elle pose problème parce qu’on la sous-utilise. Faute de personnel volontaire disponible en nombre suffisant, faute de moyens, elle ne peut pas assurer sa mission de couverture du territoire. C’est le signe le plus visible d’un système de secours qui s’essouffle.

Et la Protection Civile ? Disparue du Hainaut. Supprimée par la réforme de 2019, voulue par Jan Jambon (N-VA) et le gouvernement Michel. Une décision prise à la table d’un conseil des ministres, loin du terrain, loin des victimes, loin des pompiers volontaires qui font tenir le système à bout de bras.

Ce qu’on a supprimé, ce n’est pas une ligne dans un budget. C’est du matériel spécialisé pour les inondations, les accidents chimiques, les catastrophes industrielles. Ce sont des équipes formées pour intervenir quand les moyens locaux sont débordés. C’est un filet de sécurité qui existait au-dessus des zones de secours locales.

Quand la caserne de Bauffe ne peut pas assurer sa couverture, c’est précisément ce filet qui devrait prendre le relais. Sauf qu’il n’existe plus.

Site industriel Seveso - illustration cartoon
Les sites Seveso de la région : un risque que la Protection civile devrait pouvoir couvrir.

Les chiffres sont sans appel. La réforme a fermé quatre des six casernes du pays. Le personnel a été réduit de 30%. En comptant les volontaires, les capacités ont été divisées par deux, selon les syndicats. La Protection civile a perdu au moins 810 agents. Aujourd’hui, comme le reconnaît le PTB, il n’y a tout simplement plus de Protection civile rapidement déployable dans le Hainaut.

Les exemples ne manquent pas qui montrent à quel point ce filet nous a manqué.

Les inondations de juillet 2021. 41 morts en Belgique. Des communes wallonnes englouties sous l’eau. Des secours débordés. Des volontaires improvisés en premières lignes. Le PTB a documenté ce chaos : des pompiers bloqués en attente d’instructions, une Protection civile qui a mis un temps considérable à se déployer, des victimes qui ont dû attendre plus de 24h avant d’être secourues. Eric Thiébaut, député PTB, le dit clairement : on aurait pu avoir beaucoup plus de personnes directement disponibles pour aller secourir les gens qui étaient inondés.

L’incendie industriel, la fuite chimique, l’accident de transport de matières dangereuses, des scénarios que le zoning industriel de Ghislenghien, entre autres, rend très concrets. Les zones de secours de Wallonie picarde et Hainaut-Centre sont-elles équipées pour y répondre seules ? Les pompiers volontaires sont-ils formés et équipés pour affronter seuls ce type de crise ? Poser la question, c’est y répondre.

Le programme du PTB est clair : revenir sur la réforme de la Protection civile, recruter un personnel suffisant et rouvrir des casernes, idéalement une par province. C’est exactement ce dont le Hainaut a besoin.

L’argument du gouvernement était simple : trop cher, on va faire des économies. On connaît la chanson. C’est le même argument qu’on entend pour les pensions, pour les services publics, pour les CPAS. Toujours trop cher. Sauf pour les aides fiscales aux multinationales, les avantages du capital, les dépenses militaires comme les F-35. Là, jamais trop cher.

Le coût de la Protection civile en Hainaut se chiffrait en quelques millions d’euros par an. Le coût des inondations de 2021 se chiffre en milliards. Le coût d’une vie humaine n’a pas de prix, sauf pour les experts-comptables de l’austérité, qui savent exactement combien ils sont prêts à sacrifier.

Il est temps de rouvrir ce dossier. Pas pour rouvrir une polémique stérile, mais pour poser une question simple : combien de catastrophes faudra-t-il encore avant qu’on admette que la sécurité n’est pas un coût, mais une obligation ?

Je propose que le conseil communal d’Ath se saisisse de cette question. Que la commune demande formellement au gouvernement wallon et au gouvernement fédéral le rétablissement de la Protection civile en Hainaut. Que les communes concernées fassent front commun.

Les 24 victimes de Ghislenghien méritent plus qu’une commémoration annuelle. Elles méritent qu’on tire les leçons. Vingt-deux ans après, on attend encore.


Thierry Despretz
Conseiller communal PTB, Ath

Sources : PTB.be (programme sécurité, analyse des inondations de 2021) ; RTBF (Eric Thiébaut) ; Levif ; Wikipedia (réforme de la protection civile belge).

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