Comprendre le budget communal d’Ath : où va l’argent, et qui paie l’addition ?

La Ville d’Ath a approuvé son budget 2025 en mai 2025, par 19 voix pour, 1 voix contre (la mienne) et 9 abstentions. Le budget 2026 a suivi en décembre 2025. Les chiffres méritent d’être expliqués, parce qu’ils racontent une histoire politique, pas seulement comptable.
Les chiffres
Ath compte environ 30.235 habitants. Le budget ordinaire 2025 prévoit 62,4 millions d’euros de recettes et 58,3 millions de dépenses. Le boni global affiché est de 3,7 millions, mais il n’est atteint qu’en prélevant 2,4 millions sur les provisions. En réalité, la Ville est en déficit structurel depuis 2006. Le déficit de l’exercice propre est passé de 4 millions en 2024 à 2,5 millions en 2025. Une amélioration, donc, mais la maladie reste là.
Les dépenses se répartissent ainsi :
- Personnel : 22,7 millions (39 %)
- Transferts vers les entités consolidées (CPAS, zone de police, zone de secours) : 17,6 millions (30 %)
- Service de la dette : 10 millions (17 %)
- Fonctionnement : 7,9 millions (14 %)
Côté recettes, les recettes fiscales ont augmenté de 7,72 % entre 2024 et 2025, soit + 2,5 millions. Cette hausse provient en partie de la révision des taxes et redevances, et en partie de l’indexation des additionnels au précompte immobilier (+ 627.000 €).
Le précompte immobilier : 12,4 millions et un taux record
Le précompte immobilier rapporte 12.411.958 € à la commune d’Ath dans le budget 2025. C’est la principale recette fiscale locale. Le taux des centimes additionnels communaux est fixé à 3.200, ce qui place Ath parmi les communes wallonnes où ce taux est le plus élevé. La recommandation de la Région wallonne est de 2.600 centimes. Ath la dépasse de 600 centimes.
Concrètement, pour une maison type dont le revenu cadastral indexé s’élève à 2.000 €, un Athois paie 1.367 € de précompte immobilier. À Lasne, pour la même maison, on paie 733 €. La différence ne s’explique pas par un luxe de services publics à Ath, mais par le taux provincial du Hainaut (l’un des plus élevés de Belgique) combiné au taux communal d’Ath.
Le résultat est clair : les Athois paient parmi les impôts locaux les plus élevés de Wallonie. Et ce qui est frappant, c’est que cet impôt frappe tout le monde de la même manière.
Le problème : un impôt aveugle
Le précompte immobilier est un impôt forfaitaire. Il ne tient compte ni du nombre de biens possédés, ni des revenus du propriétaire, ni de l’usage du bien. Le propriétaire d’une petite maison qu’il habite paie le même taux que le propriétaire de dix immeubles de rapport. Le ménage modeste qui possède son seul logement paie le même taux que le multi-bailleur qui accumule les biens.
C’est la définition même d’un impôt régressif. Plus on est riche, plus le précompte pèse proportionnellement peu dans son budget. Plus on est modeste, plus il grève le ménage. Et comme le revenu cadastral date de 1979, indexé mécaniquement sur l’inflation, l’écart entre la base de calcul et la réalité économique n’a fait que se creuser en 46 ans.
La RTBF a montré que le coefficient d’indexation est passé de 1,9084 en 2022 à 2,3 en 2026. Soit 20 % d’augmentation en quatre ans. Le précompte immobilier a augmenté presque aussi vite que l’inflation qui frappe les ménages.
Ce que fait la majorité
La majorité PS-MR a présenté un plan de gestion 2025-2030 dont l’objectif est d’éliminer le déficit structurel d’ici la fin de la mandature. Les mesures principales :
- Non-remplacement de 22 retraités sur la mandature (sans licenciement)
- Réduction des dépenses de fonctionnement de 1,26 million (- 13,7 %)
- Extinction totale de l’éclairage public de juin à août (économie de 440.000 €)
- Réduction des dépenses de l’enseignement (économies d’énergie et d’eau, 200.000 €)
- Cession de l’abattoir (économie de 400.000 €)
- Hausse des recettes fiscales de 7,72 %
Le collège a reçu 18,2 millions d’euros d’aides Oxygène entre 2022 et 2024. Ces aides sont des avances sur les recettes futures de la Region. La majorité a choisi de ne pas les intégrer au budget de fonctionnement, ce qui est sage sur le plan comptable, mais qui montre que la Ville ne survit que grâce à des injections externes.
Le plan de gestion prévoit de réduire le solde de la dette de 25 % d’ici 2030 et de limiter les investissements à 70 € par habitant et par an. Pour une ville de 30.000 habitants, cela représente 2,1 millions d’investissements par an. C’est peu pour une commune qui doit entretenir des écoles, des routes, des bâtiments et des équipements sportifs.
La position du PTB : un précompte progressif, pas forfaitaire
Le PTB propose une approche différente. Plutôt que d’augmenter les impôts sur les ménages ou de couper dans les services publics, le PTB demande que le précompte immobilier devienne progressif.
Concrètement, cela signifie :
- Un précompte faible pour les petits propriétaires qui possèdent un seul logement et l’habitent
- Un précompte plus élevé pour les multi-bailleurs qui possèdent plusieurs biens
- Un précompte plus élevé pour les grandes entreprises qui possèdent des biens immobiliers
- Un gel du précompte pour les ménages pendant la mandature
La logique est simple : les épaules les plus larges doivent porter les charges les plus lourdes. Aujourd’hui, c’est l’inverse. Un retraité qui possède sa petite maison à Ath paie 3.200 centimes additionnels. Le propriétaire de dix immeubles de rapport paie le même taux. Ce n’est pas juste.
Un cadre légal à faire bouger
Pour être clair : aujourd’hui, une commune wallonne ne peut pas différencier son précompte immobilier selon le profil du propriétaire. La loi régionale impose un taux uniforme pour tout le territoire communal. Le précompte progressif que propose le PTB nécessite donc un changement de loi au niveau de la Région wallonne.
Ce changement est moins utopique qu’il y paraît. La Flandre a introduit un précompte différencié dès 2019, permettant aux communes de moduler les taux selon l’usage du bien (occupé par le propriétaire, loué, vacant). Bruxelles prépare une ordonnance qui irait plus loin, en intégrant la qualité du contribuable (personne physique ou morale, résident ou non-résident). La Région wallonne elle-même prépare un décret, attendu pour 2026, qui permettrait aux communes de moduler leur additionnel par zone géographique.
Mais toutes ces réformes restent en deçà de ce que propose le PTB. Aucune ne permet aujourd’hui de moduler le précompte selon le nombre de biens possédés. C’est précisément le combat politique : élargir le cadre légal pour que les communes puissent faire payer les multi-bailleurs et les grandes entreprises à hauteur de leurs moyens, et soulager les petits propriétaires.
Le PTB demande également un refinancement des communes par la Région wallonne et le fédéral. Les communes wallonnes sont structurellement sous-financées. Ath a un déficit depuis 2006. Les aides Oxygène ne sont pas une solution, ce sont un pansement. La solution, c’est que les communes reçoivent les moyens de fonctionner sans devoir reporter la crise sur les habitants.
Au niveau fédéral, le PTB propose une taxe des millionnaires de 2 % sur les fortunes nettes supérieures à 5 millions d’euros. Cette taxe rapporterait des milliards. Une fraction de ces recettes, reversée aux communes, permettrait de soulager les ménages sans couper dans les services.
Le choix politique
Le budget communal n’est pas un document technique. C’est un choix politique. Quand on décide de ne pas remplacer 22 retraités, d’éteindre l’éclairage public en été et d’augmenter les taxes de 7,72 %, on fait un choix. Quand on maintient un précompte immobilier forfaitaire qui frappe aussi dur le propriétaire d’une seule petite maison que le propriétaire de dix immeubles, on fait un choix.
Le PTB fait un choix différent. Faire contribuer les multi-bailleurs et les grandes entreprises à hauteur de leurs moyens. Exiger un refinancement des communes par les niveaux de pouvoir supérieurs. Refuser que la crise soit payée par les habitants et les services publics.
Le budget d’Ath n’est pas un cas isolé. C’est le symptôme d’un système où les communes sont abandonnées financièrement par la Région et le fédéral, et où les habitants compensent. Le précompte immobilier de 3.200 centimes n’est pas une fatalité. C’est un choix. Et un choix, ça se change.
Sources
1. Délibération du Conseil communal d’Ath, 15 mai 2025, budget 2025 ordinaire et extraordinaire (deliberations.be)
2. Présentation détaillée du budget 2025, Ville d’Ath (ath.be)
3. RTBF, « Précompte immobilier : pourquoi a-t-il autant augmenté », septembre 2024, mis à jour août 2026
4. L’Avenir, « La cure d’austérité de la Ville d’Ath : un cap clair et ambitieux », 14 mai 2025
5. UVCW, « Le précompte immobilier (PRI) », focus finances communales
6. PTB, programme communal, section finances (ptb.be)
7. PTB, « Taxe des millionnaires » (ptb.be/programme)
8. Forum for the Future, « Précompte immobilier différencié : simplification ou nouvel enfer fiscal », février 2024
9. Batibouw, « Précompte immobilier : vers une fiscalité modulable selon les quartiers en Wallonie », décembre 2025
10. SPW Finances, portail du précompte immobilier, Wallonie (finances.wallonie.be)
11. UVCW, « Le précompte immobilier (PRI) », focus finances communales, 2025
12. Le Soir, « La Wallonie en passe de révolutionner le précompte immobilier », décembre 2025