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TFA dans l’eau à Ath : de quoi parle-t-on, et pourquoi on demande juste de vérifier

Conseil communal d’Ath, 8 octobre 2026. Point ajouté à l’ordre du jour par Thierry Despretz.

Jeudi soir, j’ai présenté pour la troisième fois ma proposition sur le TFA dans les écoles communales : des analyses, des filtres où c’est nécessaire, l’information des parents. La majorité a voté contre. Toute l’opposition s’est abstenue. Le PTB a voté pour, seul.

Beaucoup de monde m’a demandé ensuite : c’est quoi exactement, ce TFA ? Et faut-il s’inquiéter ? Voici les réponses, avec des sources que tout le monde peut vérifier.

C’est quoi, le TFA ?

Le TFA (acide trifluoroacétique) fait partie de la famille des PFAS, ces substances dites « éternelles » parce qu’elles ne se dégradent pratiquement pas dans l’environnement. C’est le plus petit des PFAS, et donc l’un des plus mobiles : il voyage dans l’air et dans l’eau, il ne s’accroche pas aux sols, et les traitements classiques ne l’éliminent pas. Le charbon actif, par exemple, ne le retient pas.

D’où vient-il ? En grande partie de l’air lui-même : le TFA se forme notamment quand se dégradent les gaz réfrigérants des climatisations de voitures modernes et certains pesticides fluorés, puis il retombe avec la pluie. C’est pour cela qu’on le retrouve partout : lors du premier monitoring wallon, en 2024, il a été détecté dans 93 % des réseaux d’eau wallons (598 zones sur 642, il n’en a épargné que 44).

Quels chiffres pour Ath ?

Sur notre zone de distribution, le taux de TFA est passé de 1.300 à 2.400 nanogrammes par litre en un an : une hausse de 85 %. La valeur guide wallonne, fixée à 2.200 nanogrammes par litre, est dépassée. Quelques ménages du secteur de Maffle et Chièvres ont même été relevés à environ 3.800, et la Ville les a reçus, comme l’a rappelé l’échevin de la santé en séance.

Dépasser une valeur guide ne veut pas dire « l’eau est dangereuse demain matin ». Une valeur guide, c’est un garde-fou sanitaire provisoire, établi par précaution pendant que les évaluations scientifiques suivent leur cours. Et il est volontairement bas : sur base de la dose journalière admise par l’EFSA, le calcul de la Wallonie aboutit à près de 98.000 nanogrammes par litre pour un adulte, et la valeur de 2.200 est fixée très en dessous. Au-dessus, l’eau n’est pas déclarée impropre, mais les autorités recommandent un suivi accru, la recherche des sources et la réduction de l’exposition, en commençant par les plus vulnérables. C’est exactement ce que je demande pour les écoles.

Pourquoi les tout-petits ?

Parce que la science a bougé cette année, et pas dans un sens rassurant. En juin 2026, le comité scientifique de l’Agence européenne des produits chimiques a classé le TFA comme substance toxique pour la reproduction, catégorie 1B : suspectée de nuire à la fertilité et au développement de l’enfant à naître. En juillet 2026, l’Autorité européenne de sécurité des aliments a divisé par 3,5 la dose journalière admissible, précisément à cause des effets du TFA sur les hormones thyroïdiennes, qui régulent le développement cérébral du foetus et du jeune enfant. Faute d’études suffisantes sur la cancérogénicité et l’immunotoxicité, elle a en plus appliqué une marge d’incertitude de sécurité : la science dit clairement ce qu’elle sait, et assume honnêtement ce qu’il lui reste à apprendre.

Rien de tout cela n’est encore traduit en normes contraignantes : les évaluations suivent leur cours. C’est exactement dans ce genre de situation que le principe de précaution existe. Il a un sens très simple : quand un doute sérieux existe sur une substance que des bébés et de jeunes enfants boivent tous les jours, on vérifie, on n’attend pas la preuve parfaite.

Peut-on filtrer l’eau chez soi ?

C’est LA question qu’on me pose depuis jeudi soir. La réponse des autorités wallonnes est claire : les méthodes conventionnelles et le charbon actif, y compris les carafes filtrantes, sont inefficaces contre le TFA. Seuls les procédés membranaires, comme l’osmose inverse, le retiennent, au prix d’un concentrat à gérer. À la maison, la seule option individuelle, c’est l’eau en bouteille, avec son coût et son plastique. Autrement dit : on ne peut pas demander à chaque famille de payer pour un problème que tout le monde subit. La solution doit être collective, et elle peut l’être pour quelques dizaines de milliers d’euros dans les écoles.

Ce que j’ai demandé, exactement

  • des analyses TFA spécifiques sur les points d’eau servant à la boisson et aux repas dans chaque école communale, en commençant par la zone concernée, renouvelées deux fois par an ;
  • des filtres par osmose inverse sur les points d’eau potable des écoles où les analyses montreraient un dépassement. C’est la seule technique reconnue comme efficace contre le TFA ;
  • la communication des résultats aux associations de parents et l’affichage dans les établissements ;
  • l’inscription des moyens nécessaires au budget 2027.

Coût total : quelques dizaines de milliers d’euros pour la Ville. À comparer aux 300.000 euros votés le même soir pour un chemin cyclo-piéton. C’est une question de choix.

La réponse du Collège, et la mienne

L’échevin de la santé a refusé, avec trois arguments. La compétence d’abord : la commune ne serait pas responsable de l’eau. C’est inexact pour les écoles communales : les bâtiments, l’accueil des enfants et l’eau qui y circule, c’est la commune, comme elle l’assume déjà pour la sécurité incendie ou la qualité des repas. La proportionnalité ensuite : pourquoi seulement les écoles communales ? C’est un aveu : si le problème dépasse les écoles, il est encore plus grave. La technique enfin : l’osmose inverse gaspillerait environ 30 % du volume traité. Sur les petits volumes d’un point d’eau potable d’école, ce rejet est minime ; et surtout, c’est la seule technique qui fonctionne contre le TFA, comme le documentent les professionnels de l’eau eux-mêmes.

Le président du conseil a conclu en balayant le dossier d’un « le ministre Coppieters avait été plutôt rassurant ». Le même président avait pourtant lui-même interrogé le ministre au Parlement wallon sur le TFA à Ath, décrivant une situation préoccupante pour les familles. Les deux déclarations sont dans la vidéo de la séance.

Le vote a suivi : majorité contre, opposition abstention, PTB seul pour.

Vérifier n’est pas s’affoler

Si l’eau des écoles est bonne, les analyses le montreront, et je serai le premier à m’en réjouir. Si elle ne l’est pas, on aura évité que des enfants la boivent pendant des mois de plus. Dans les deux cas, vérifier était la bonne décision. Refuser de vérifier, c’est la seule position qui n’a aucun sens sanitaire.

Personne n’accuse de catastrophisme un parent qui fait contrôler la chaudière, qui boucle la ceinture de ses enfants ou qui fait vérifier le monoxyde de carbone à la maison. L’eau, on la boit tous les jours, nos enfants les premiers. Vouloir savoir ce qu’elle contient, ce n’est pas de la panique : c’est de la responsabilité.

Pour aller plus loin : le dossier scientifique complet (13 pages, sources européennes et belges : EFSA, ECHA, SPW, Vivaqua) est téléchargeable ici au format PDF.

Prochains rendez-vous : les résultats des analyses de la SWDE pour la zone, le conseil communal du 17 novembre, et la réunion publique sur les PFAS dont nous vous annoncerons la date très vite.

Thierry Despretz
Conseiller communal PTB, Ath

Pour l’histoire complète du dossier : TFA dans nos écoles : quand l’eau « potable » ne l’est plus vraiment et TFA dans l’eau : le Collège refuse d’appliquer le principe de précaution.

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