Les caisses sont vides parce qu’on les a vidées

Illustration : un coffre-fort de l'État ouvert et vide, pendant que des pièces d'or s'en échappent vers une silhouette au chapeau haut de forme

« Les caisses sont vides. » Bart De Wever le répète depuis des mois pour justifier chaque coup dans les dépenses publiques. Deux universitaires viennent de répondre point par point dans une carte blanche signée Carta Academica : Paul De Grauwe, professeur à la London School of Economics, et Michel Gevers, professeur émérite à l’UCLouvain. Leur constat est sans appel : si les caisses sont vides, c’est parce qu’on les a vidées, volontairement, depuis 2014.

Les chiffres d’abord. La dette publique représente 107% du PIB, exactement comme en 2014. Mais le déficit est passé de 3,1% du PIB à 5,2% en 2025, malgré douze ans de cure d’austérité. Si le trou se creuse malgré les économies, la raison est simple : ce ne sont pas les dépenses qui explosent, ce sont les recettes qui s’effondrent.

Sur la même période, les dépenses publiques ont légèrement baissé (de 56% du PIB en 2013 à 54% en 2025). Les recettes fiscales, elles, ont reculé bien plus vite : de 52,5% du PIB à 49%. Trois points et demi de PIB qui manquent chaque année dans les caisses de l’État, soit environ 22 milliards d’euros par an selon les données de l’article. Vingt-deux milliards. Chaque année.

Où est passé cet argent ? Dans les poches des plus hauts revenus. Didier Reynders a passé douze ans aux Finances à installer des méthodes d’évasion fiscale que les gouvernements successifs n’ont jamais abolies. L’une des plus rentables pour ses utilisateurs : des personnes à hauts revenus quittent leur statut de salarié pour se constituer en société, paient l’impôt des sociétés au lieu de l’impôt des personnes, et réduisent drastiquement leurs cotisations de sécurité sociale. Le recours à ce montage a presque triplé en six ans.

Le résultat est un scandale chiffré : le Top 1% des revenus paie 23% d’impôts, directs et indirects confondus, alors que la moyenne nationale s’élève à 43%. La Belgique n’est pas « l’un des pays les plus taxés du monde », c’est un enfer fiscal pour les faibles revenus et un paradis fiscal pour les plus riches.

Pendant ce temps, quelques gabegies proprement idéologiques. Les voitures de société coûtent 5,2 milliards par an au budget de l’État selon le Bureau du Plan. Et le gouvernement s’apprête à vendre 20% de Belfius pour deux milliards : une réduction de la dette de 0,3%, en échange d’une perte de 100 millions de dividendes annuels sur un paquet qui en rapporte 500. On vend la vache pour boire le lait, et le lait ira à des investisseurs privés, milliardaires belges compris.

L’austérité coûte aussi, et lourdement. L’allongement de l’âge de la pension, les flexi-jobs, le travail du dimanche et de nuit ont fait exploser le stress au travail. Selon le dernier rapport de l’INAMI, le nombre de personnes en incapacité de travail de plus d’un an pour dépression ou burnout a augmenté de 32% entre 2021 et 2025. Coût pour la sécurité sociale : 2,5 milliards en 2024. Le total des invalidités, toutes causes confondues, dépasse 10 milliards, en hausse de 54% en six ans. On casse les gens, puis on présente la facture comme une preuve qu’il faut encore couper.

La conclusion des deux économistes rejoint ce que le PTB dit depuis des années : aligner la contribution des hauts revenus sur celle du contribuable moyen suffirait à effacer le trou budgétaire de 10 milliards. Ce n’est pas une utopie, c’est un choix politique. Et c’est l’inaction des responsables actuels qui nourrit la colère, cette colère que l’extrême droite transforme en haine du voisin. Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie, le dit autrement : le creusement des inégalités est la plus sûre manière de nourrir l’extrême droite.

À Ath comme ailleurs, on nous répond « pas de moyens » quand on demande des services publics qui fonctionnent. Ce n’est pas une fatalité, c’est une décision. Les milliards existent. Ils sont juste à la mauvaise adresse.

Sources : Carta Academica (Paul De Grauwe, London School of Economics, et Michel Gevers, UCLouvain), Bureau du Plan, INAMI.

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